{"id":15582,"date":"2021-03-04T18:19:09","date_gmt":"2021-03-04T17:19:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.swissphilanthropy.ch\/2021\/03\/04\/georg-von-schnurbein-qui-paie-commande-la-question-du-pouvoir-dans-la-relation-philanthropique\/"},"modified":"2021-03-04T18:19:09","modified_gmt":"2021-03-04T17:19:09","slug":"georg-von-schnurbein-qui-paie-commande-la-question-du-pouvoir-dans-la-relation-philanthropique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.swissphilanthropy.ch\/en\/2021\/03\/04\/georg-von-schnurbein-qui-paie-commande-la-question-du-pouvoir-dans-la-relation-philanthropique\/","title":{"rendered":"Georg von Schnurbein &#8211; Qui paie, commande\u00a0?\u00a0La question du pouvoir dans la relation philanthropique\u00a0"},"content":{"rendered":"<p>Je connais bien les deux versants de la relation philanthropique, ayant tour \u00e0 tour \u00e9t\u00e9 dans la position du demandeur et dans celle de membre d\u2019un conseil de fondation appel\u00e9 \u00e0 statuer sur des demandes de dons. Du point de vue du b\u00e9n\u00e9ficiaire, donner semble un geste simple. Mais comme l\u2019a dit Bill Gates, \u00ab Il est aussi difficile de d\u00e9penser intelligemment son argent que de le gagner. \u00bb Pour leur part, les conseils de fondation n\u2019ont pas toujours conscience du rapport de force qui r\u00e9git cette relation.<\/p>\n<h2>Donateurs et b\u00e9n\u00e9ficiaires<\/h2>\n<p>La relation entre donateurs ou fondations et b\u00e9n\u00e9ficiaires repr\u00e9sente un aspect fondamental de la philanthropie, mais aussi l\u2019un des plus controvers\u00e9s. Comme de nombreuses \u00e9tudes l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9, cette relation est g\u00e9n\u00e9ralement domin\u00e9e par les instances donatrices. Donner et recevoir seraient les deux p\u00f4les d\u2019un transfert \u00e0 sens unique. Cette vision de la relation illustre l\u2019attitude paternaliste qui pr\u00e9vaut dans de nombreux conseils de fondation, selon laquelle le r\u00f4le des b\u00e9n\u00e9ficiaires se cantonne \u00e0 pr\u00e9senter leur projet, obtenir un don, et se montrer reconnaissants. Qui paie, commande, dit-on. Mais ce principe vaut-il aussi pour la philanthropie ?<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, les fondations sont essentiellement des prestataires de services. Le service qu\u2019elles proposent ne se limite pas \u00e0 distribuer de l\u2019argent, mais consiste plut\u00f4t \u00e0 s\u00e9lectionner ou d\u00e9finir les projets et des programmes qui leur permettront de r\u00e9aliser leurs objectifs. C\u2019est en s\u00e9parant les moutons des ch\u00e8vres qu\u2019une fondation cr\u00e9e de la valeur pour la soci\u00e9t\u00e9. En effet, les ressources philanthropiques sont limit\u00e9es, et toutes les id\u00e9es ne m\u00e9ritent pas de voir le jour. Les fondations contribuent au bien public en soutenant les projets les plus innovants, pertinents et prometteurs. Pour citer le c\u00e9l\u00e8bre philanthrope am\u00e9ricain Andrew Carnegie, il est facile de donner \u00e0 tout le monde, mais c\u2019est le devoir du donateur de dire non.<\/p>\n<h2>La valeur d\u2019une fondation d\u00e9pend de la qualit\u00e9 de ses b\u00e9n\u00e9ficiaires<\/h2>\n<p>La contribution soci\u00e9tale d\u2019une fondation se mesure surtout par la qualit\u00e9 des organisations qu\u2019elle d\u00e9cide de soutenir. Son activit\u00e9 de base consiste \u00e0 financer d\u2019autres organisations, mais ce transfert de ressources ne contribue pas en lui-m\u00eame \u00e0 la r\u00e9alisation des buts de la fondation. L\u2019impact social d\u00e9sir\u00e9 n\u2019est obtenu que si le b\u00e9n\u00e9ficiaire r\u00e9alise un projet r\u00e9ussi. L\u2019exp\u00e9rience et les comp\u00e9tences des b\u00e9n\u00e9ficiaires sont donc des facteurs d\u00e9terminants du succ\u00e8s d\u2019une fondation. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de mettre en place des processus clairs pour structurer la s\u00e9lection de projets et le d\u00e9veloppement strat\u00e9gique, afin d\u2019attirer les organisations les plus \u00e0 m\u00eame de l\u2019aider \u00e0 r\u00e9aliser ses objectifs.<\/p>\n<p>A partir du moment o\u00f9 les instances dirigeantes de la fondation prennent conscience de son r\u00f4le de \u00ab prestataire de services \u00bb, le paternalisme fait place \u00e0 une relation de partenariat. \u00c0 chacun sa contribution : la fondation fournit les ressources, le b\u00e9n\u00e9ficiaire apporte ses id\u00e9es et ses comp\u00e9tences. Depuis quelques ann\u00e9es, de nombreuses fondations suisses ont mis en place des strat\u00e9gies visant \u00e0 renforcer les relations avec leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires, entre autres \u00e0 travers une meilleure communication sur les attentes de la fondation lors de l\u2019appel \u00e0 projets, des \u00e9changes plus fr\u00e9quents sur le d\u00e9veloppement strat\u00e9gique de la fondation, ou plus de transparence dans le processus de s\u00e9lection.<\/p>\n<h2>Le probl\u00e8me du feedback<\/h2>\n<p>Cela dit, le d\u00e9s\u00e9quilibre inh\u00e9rent \u00e0 la relation philanthropique cr\u00e9e un autre probl\u00e8me, tout aussi tenace : un manque de feedback sur l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action de la fondation. Les mieux plac\u00e9s pour fournir ces informations \u2013 les b\u00e9n\u00e9ficiaires \u2013 ont trop \u00e0 perdre. En effet, l\u2019identification des fondations et la pr\u00e9paration des demandes de dons repr\u00e9sentent un travail titanesque. Une fois la relation \u00e9tablie, les b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e9vitent de la remettre en question par un exc\u00e8s de franchise. Lors de leurs \u00e9changes avec les repr\u00e9sentants de la fondation, ils ont \u00e0 toujours \u00e0 l\u2019esprit leur prochaine demande de fonds. Les autres intervenants \u2013 la famille fondatrice ou l\u2019autorit\u00e9 de surveillance, par exemple \u2013 n\u2019ont pas une connaissance assez d\u00e9taill\u00e9e des activit\u00e9s de la fondation pour faire un retour utile. Par cons\u00e9quent, les fondations communiquent tr\u00e8s peu sur leurs \u00e9checs. Pour encourager un regard plus critique, Paul Brest, l\u2019ancien pr\u00e9sident de la Fondation Hewlett Packard, avait lanc\u00e9 un concours interne du \u00ab pire projet s\u00e9lectionn\u00e9 \u00bb. Bref, les fondations doivent non seulement apprendre de leurs erreurs, mais aussi adopter une d\u00e9marche d\u2019am\u00e9lioration continue. Autre possibilit\u00e9 pour solliciter plus de feedbacks : le sondage anonyme. Le Center for Effective Philanthropy aux \u00c9tats-Unis a d\u00e9velopp\u00e9 un questionnaire destin\u00e9 \u00e0 jauger la perception des b\u00e9n\u00e9ficiaires envers les fondations donatrices. En 2019, le Center for Philanthropy Studies (CEPS) de l\u2019universit\u00e9 de B\u00e2le a r\u00e9alis\u00e9 un sondage de plusieurs centaines de b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 la demande de sept fondations suisses.<\/p>\n<p>Deux r\u00e9sultats sont particuli\u00e8rement int\u00e9ressants : premi\u00e8rement, la demande de don avait beaucoup plus de chances d\u2019aboutir s\u2019il y avait eu un contact personnel direct avec un repr\u00e9sentant de la fondation. Deuxi\u00e8mement, les organisations dont les projets ont \u00e9t\u00e9 retenus ont consacr\u00e9 presque deux fois plus de temps \u00e0 pr\u00e9parer leur dossier.<\/p>\n<p>Enfin, les fondations doivent \u00e9galement r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 comment int\u00e9grer les b\u00e9n\u00e9ficiaires plus en amont dans l\u2019\u00e9laboration de leur strat\u00e9gie. Une meilleure compr\u00e9hension de leurs besoins pourrait aider la fondation \u00e0 am\u00e9liorer ses crit\u00e8res de s\u00e9lection, par exemple. Certaines fondations invitent m\u00eame les b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 participer \u00e0 la s\u00e9lection de projets.<\/p>\n<p>En conclusion, pour augmenter leur impact social, les fondations doivent soigner la relation avec leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires, notamment en d\u00e9veloppement des modalit\u00e9s de communication plus bidirectionnelles.<\/p>\n<p>La version fran\u00e7aise du \u201cGrantee Review Report\u201d est disponible sur le <a href=\"https:\/\/ceps.unibas.ch\/fr\/transfert-a-la-pratique\/granteereview\/\">site du CEPS<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Georg von Schnurbein<\/strong><\/p>\n<p>Georg von Schnurbein est Professeur associ\u00e9 en \u00e9tudes philanthropiques \u00e0 la Facult\u00e9 d&#8217;\u00e9conomie ainsi que Directeur fondateur du Center for Philanthropy Studies (CEPS) \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de B\u00e2le. Le CEPS est un institut interdisciplinaire consacr\u00e9 \u00e0 la recherche et \u00e0 la formation des cadres dans le domaine de la philanthropie et des ONG. Georg von Schnurbein occupe \u00e9galement plusieurs fonctions au sein de comit\u00e9s de recherche internationale sur la philanthropie, et est co\u00e9diteur du Code suisse des fondations. Georg von Schnurbein est \u00e9galement intervenant de la &#8220;<a href=\"https:\/\/staging-swissphilanthropy.8bits.ch\/2019\/12\/01\/master-class-2018-fondations-nouvelles-generations\/\">Master Class en Philanthropie<\/a>&#8220;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je connais bien les deux versants de la relation philanthropique, ayant tour \u00e0 tour \u00e9t\u00e9 dans la position du demandeur et dans celle de membre d\u2019un conseil de fondation appel\u00e9 \u00e0 statuer sur des demandes de dons. Du point de vue du b\u00e9n\u00e9ficiaire, donner semble un geste simple. 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